—Les Romains vivent à Rome, où est le Pape! lui murmura tout bas Capitan Basilio.

—Je comprends maintenant, continua l’orateur sans se troubler. Ils célébraient leur fête lors d’une vigile et le Pape leur commanda de jeter les victuailles à la mer pour ne pas commettre un péché. Mais, de toutes façons, votre projet de fête est inadmissible, impossible, c’est une folie.

D. Filipo, vivement combattu, dut retirer sa proposition.

Les conservateurs les plus intransigeants, satisfaits de la défaite de leur plus grand adversaire, virent sans inquiétude se lever un jeune cabeza de barangay qui demanda la parole:

—Je prie Vos Seigneuries de m’excuser si, à mon âge, je me permets de parler devant tant de personnes très respectables, tant par leur expérience que par la prudence et par le discernement avec lesquelles elles jugent toutes choses, mais puisque l’éloquent orateur, Capitan Basilio, nous a invités tous à manifester notre opinion, sa parole autorisée servira d’excuse à l’insuffisance de ma personne.

Les conservateurs satisfaits inclinèrent la tête.

—Ce jeune homme parle bien!—Il est modeste!—Il raisonne admirablement, se disaient-ils.

—Si je vous présente, señores, un programme ou un projet, ce n’est pas avec la pensée que vous le trouverez parfait ni que vous l’accepterez; je veux, en même temps que je me soumets une fois de plus à la volonté de tous, prouver aux anciens que nous pensons toujours comme eux puisque nous faisons nôtres les idées que Capitan Basilio a si élégamment exprimées.

—Très bien! très bien! s’écriaient les conservateurs si délicatement encensés. Capitan Basilio faisait des signes au jeune homme pour lui indiquer comment il devait remuer le bras et placer le pied. Seul, le gobernadorcillo restait impassible; il semblait à la fois distrait et préoccupé. Le jeune homme poursuivit en s’animant:

—Mon projet, señores, se réduit à ceci: inventer de nouveaux spectacles qui ne soient pas les banalités que nous voyons chaque jour et faire en sorte que l’argent recueilli ne sorte pas du pueblo, ne se dépense pas vainement en poussière, en un mot l’employer à quelque chose d’utile pour tous.