Histoire d’une mère

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Il marchait incertain—il courait errant,

Sans se reposer—un seul instant.

Alaejos.

Sisa courait maintenant vers son pauvre logis; dans son cerveau s’était opéré ce bouleversement qui se produit dans notre être quand, au moment d’un grand malheur, nous ne voyons aucun recours possible et que s’enfuient toutes nos espérances. Il semble alors que tout s’obscurcisse en nous; si parfois quelque petite lueur brille au loin nous courons vers elle, sans nous inquiéter de savoir si le sentier n’est pas coupé par un précipice.

Cette mère voulait sauver ses fils; comment? les mères ne s’occupent guère des moyens quand il s’agit de leurs enfants.

Elle courait rapide, poursuivie par toutes sortes de craintes et de sinistres pressentiments. Auraient-ils déjà pris son Basilio? Où s’était enfui son Crispin?

Arrivée près de chez elle, elle distingua les casques de deux soldats dépassant la clôture de son jardin. On ne saurait décrire ce qui se passa en son cœur; elle oublia tout, et la brutalité de ces hommes qui n’usaient de ménagements qu’avec les riches, et ce qui pouvait advenir d’elle et de ses fils accusés de vol. Les gardes civils ne sont pas des hommes, ils n’écoutent pas les prières, ils sont accoutumés à voir couler les larmes, ce ne sont que des gardes civils.

Instinctivement Sisa leva les yeux au ciel: le ciel souriait d’une ineffable lumière, quelques petits nuages blancs, nageaient dans le transparent azur. Elle s’arrêta pour réprimer le frisson qui s’emparait de tout son corps.