—Je ne puis m’arrêter. Si vous voulez me suivre, vous me direz en route ce qui vous est arrivé.

L’homme le remercia, et tous deux disparurent bientôt dans les ténèbres des rues où l’éclairage faisait presque entièrement défaut.

XXIII

La pêche

Les étoiles brillaient encore à la voûte de saphir et, dans les branches, les oiseaux n’avaient pas terminé leur sommeil que déjà une troupe joyeuse parcourait les rues du pueblo se dirigeant vers le lac, à la faible lueur de ces torches de goudron, que l’on appelle communément huepes.

C’étaient cinq jeunes filles, marchant d’un pas rapide, se tenant par les mains ou par la ceinture, suivies de quelques vieilles dames et de servantes portant gracieusement sur leur tête des paniers remplis de provisions, de plats, etc. A voir leurs figures où rit la jeunesse, où brille l’espérance, à contempler leurs abondantes et noires chevelures flottant au vent et les larges plis de leurs vêtements, nous les prendrions pour des divinités de la nuit s’enfuyant à l’approche du jour, si nous ne savions pas que ce sont Maria Clara et ses quatre amies: la joyeuse Sinang, sa cousine, la sévère Victoria, la belle Iday, et la pensive Neneng qui représente la beauté modeste et tremblante.

Elles bavardaient avec animation, riaient, se pinçaient, se parlaient à l’oreille et ensuite lançaient en fusées les éclats de rire.

Mais, à leur rencontre, s’avançait un groupe de jeunes gens portant de grandes torches de roseaux; ils marchaient presque sans bruit au son d’une guitare que Sinang, toujours moqueuse, compara à une «guitare de mendiant».

Quand les deux groupes se rencontrèrent, c’étaient les jeunes filles qui avaient pris un air sérieux et grave comme si elles n’avaient jamais appris à rire; au contraire, les hommes parlaient, saluaient, souriaient et faisaient six questions pour obtenir la moitié d’une réponse.