—Si tu n’étais pas revenu!... murmura Maria Clara encore pâle et tremblante.
—Si je n’étais pas revenu et que tu m’aies suivie, répondit le jeune homme en complétant sa pensée, au fond du lac j’aurais été en famille.
Ibarra n’oubliait pas que c’était là que gisaient les restes de son père.
Les vieilles dames ne voulaient pas aller au second baklad; pour elles le jour avait mal commencé, il ne pouvait manquer d’arriver d’autres malheurs, mieux valait s’en aller.
—Et tout cela parce que nous n’avons pas entendu la messe!
—Mais, quel malheur avons-nous eu? répondit Ibarra. Le seul à plaindre dans l’affaire, c’est le caïman.
—Ce qui prouve, conclut l’ex-séminariste, que dans toute sa vie pécheresse jamais cet infortuné reptile n’a entendu la messe. Jamais on ne l’a vu parmi tant de caïmans qui fréquentent l’église.
Les barques se dirigèrent donc jusqu’à l’autre baklad. Andeng dut préparer un autre sinigang.
La matinée s’avançait; la brise s’élevait et commençait à agiter les vagues qui se plissaient autour du caïman, soulevant «des montagnes d’écume où étincelante brille, riche en couleurs, la lumière du soleil», comme dit le poète P. A. Paterno.
La musique résonna de nouveau: Iday jouait de la harpe, les hommes de l’accordéon et de la guitare avec plus ou moins de régularité; le meilleur était Albino qui grattait son instrument absolument à faux, perdait la mesure à chaque instant ou bien oubliait quelques principales mesures et passait sans transition à un autre air absolument distinct.