—Allons, je vois que vous ne savez pas arrêter les criminels, que vous ignorez ce que font les vôtres, mais que vous voulez vous faire prédicateur et apprendre aux autres leur devoir. Vous devez connaître le refrain:

«Le fou en sait plus chez lui...»

—Señores, interrompit Ibarra qui avait vu pâlir l’alférez; à propos de tout cela je voudrais savoir ce que vous pensez d’un projet que j’ai formé. Je pense confier cette folle aux soins d’un bon médecin et, avec votre aide et vos conseils, rechercher ce que sont devenus ses fils.

Le retour des domestiques, qui n’avaient pu retrouver la folle, acheva de rétablir la paix entre les deux adversaires, en donnant un nouveau tour à la conversation.

Le repas était terminé; tandis que l’on servait le café et le thé, jeunes gens et vieillards se dispersèrent en divers groupes. Les uns prirent les jeux d’échecs, les autres les cartes, mais les jeunes filles, curieuses de savoir leur destinée, préférèrent poser des questions à la Roue de la Fortune.

—Venez, señor Ibarra! criait Capitan Basilio, un peu plus gai que d’ordinaire. Nous avons un litige qui dure depuis quinze ans; il n’y a pas de juge à la cour qui le résolve; nous allons voir si nous pourrons le terminer aux échecs?

—A l’instant et avec grand plaisir! répondit le jeune homme. Dans un moment, car l’alférez prend congé de nous!

Aussitôt l’officier parti, tous les vieillards qui comprenaient le jeu se réunirent autour des deux partenaires; la partie était intéressante et attirait même les profanes. Les vieilles dames cependant préférèrent se grouper autour du curé pour converser avec lui des choses spirituelles; mais le P. Salvi ne jugeait ni l’endroit ni l’occasion convenables pour de tels entretiens, aussi ne faisait-il que de vagues réponses et ses regards tristes et quelque peu irrités se fixaient un peu partout excepté sur ses interlocutrices.

Les deux joueurs commencèrent avec beaucoup de solennité.

—Si la partie ne donne pas de résultats, l’affaire est oubliée, c’est entendu! disait Ibarra.