—Ne savez-vous pas que c’est un péché de croire à ces choses? dit-il, et avec colère il déchira les feuillets.
Tous poussèrent des cris de surprise et de chagrin.
—C’est un péché plus grand encore de disposer de ce qui n’est pas à soi contre la volonté du propriétaire! lui répliqua Albino en se levant. Père curé, cela s’appelle voler, et Dieu et les hommes condamnent le vol.
Maria Clara joignit les mains et, les yeux humides, contempla les restes de ce livre qui l’avait faite si heureuse.
On s’attendait à ce que Fr. Salvi répondît à Albino. Il n’en fit rien, il regarda tourbillonner les feuilles dispersées les unes dans le bois, les autres dans l’eau, puis s’en alla chancelant, la tête dans les mains. Il s’arrêta quelques secondes encore pour parler avec Ibarra, puis celui-ci l’accompagna jusqu’à l’une des voitures disposées pour amener ou reconduire les invités.
—Il fait bien de s’en aller ce rabat-joie! murmurait Sinang. Il a une figure qui semble dire: Ne ris pas, car je connais tes péchés!
Depuis qu’il avait fait son cadeau à sa fiancée Ibarra était si content qu’il commença à jouer sans réfléchir, sans s’occuper de l’état des pièces.
Il en résulta que, bien que le Capitan Basilio en fût déjà réduit à se défendre difficilement, la partie, grâce aux nombreuses fautes commises par le jeune homme, devint égale; il n’y avait ni perdant ni gagnant.
—Nous sommes quittes, nous sommes quittes! disait joyeusement Capitan Basilio.
—Nous sommes quittes, nous sommes quittes! répéta le jeune homme, quel que soit l’arrêt que les juges aient pu rendre.