—Ce que vous appelez tinola, ne serait-ce point, par hasard, le fruit d’une certaine espèce de lotus qui fait perdre la mémoire à ceux qui en mangent?

—Ni lotus, ni loterie! reprit en riant Fr. Dámaso, ne cherchez pas si loin. La tinola est un gulai[8] de poule et de citrouille. Depuis quand êtes-vous arrivé?

—Depuis quatre jours, répondit le jeune homme un peu piqué.

—Venez-vous comme employé?

—Non, señor, je voyage pour mon compte personnel, afin d’étudier le pays.

—Quel oiseau rare! s’écria Fr. Dámaso, en le regardant avec curiosité. Venir ici, de soi-même et pour des vétilles! Quel phénomène! Alors qu’il y a tant de livres... et qu’il suffit d’avoir deux doigts d’intelligence.

—Votre Révérence disait, Fr. Dámaso, interrompit brusquement le dominicain en changeant la conversation, qu’elle avait été pendant vingt ans au pueblo de San Diego et qu’elle l’avait quitté... Votre Révérence n’était-elle point satisfaite de ce pueblo?

A cette demande, faite d’un ton très naturel et presque indifférent, Fr. Dámaso devint subitement sérieux, sa joie s’était envolée.

—Non! grogna-t-il sèchement, et il se laissa tomber lourdement contre le dossier de son fauteuil.

Le dominicain poursuivit d’un ton plus indifférent encore: