Puis le haut fonctionnaire descendit majestueusement aux accords de la musique qui commença à jouer, déposa quelques cuillerées de plâtre sur la pierre et remonta aussi majestueusement qu’il était descendu.

Les employés applaudirent.

Ibarra offrit une autre cuiller d’argent au curé qui, après avoir fixé un instant son regard sur lui, descendit lentement à son tour. Arrivé au milieu de l’escalier, le prêtre leva les yeux et examina l’énorme pierre qui pendait maintenue par les câbles puissants, mais il ne s’arrêta qu’une seconde et continua sa descente. Il fit de même que l’Alcalde, mais les applaudissements furent plus nombreux; aux employés s’étaient joints quelques moines et Capitan Tiago.

Il semblait que le P. Salvi cherchât à qui offrir la cuiller; il regarda avec hésitation Maria Clara, mais se ravisant il la tendit au notaire. Celui-ci, par galanterie, s’approcha de Maria Clara qui refusa en souriant. Les moines, les employés, l’alférez descendirent tous l’un après l’autre. Capitan Tiago n’avait pas été oublié.

Restait Ibarra. Il allait ordonner que l’homme jaune fît descendre la pierre, quand le curé se souvint du jeune homme, lui disant d’un ton plaisant, affectant la familiarité:

—Ne mettez-vous pas votre cuillerée, señor Ibarra?

—Je serais un Juan Palomo, qui fit le ragoût et qui le mangea! répondit celui-ci sur le même ton.

—Allez! dit l’Alcalde, en le prenant amicalement par le bras, sinon je donne ordre qu’on ne descende pas la pierre et nous resterons ici jusqu’au jour du jugement.

Une si terrible menace força Ibarra à obéir. Il échangea la petite truelle d’argent contre une plus grande en fer, ce qui fit sourire quelques personnes, et avança tranquillement. Elias le regardait avec une expression indéfinissable; il semblait que toute sa vie se fût concentrée dans ses yeux. L’homme jaune examinait l’abîme ouvert à ses pieds.

Ibarra après avoir jeté un rapide regard sur le bloc suspendu au dessus de sa tête, puis un autre à Elias et à l’homme jaune, dit au señor Juan d’une voix tremblante: