Supposant que c’était un de ses travailleurs, il ordonna qu’on l’introduisît dans son bureau ou cabinet de travail, en même temps bibliothèque et laboratoire de chimie.

Mais, à sa grande surprise, il se trouva en face de la sévère et mystérieuse figure d’Elias.

—Vous m’avez sauvé la vie, dit celui-ci en tagal, comprenant le mouvement d’Ibarra; je vous ai payé à moitié ma dette et vous n’avez pas à me remercier, au contraire. Je suis venu pour vous demander une faveur...

—Parlez! répondit le jeune homme dans le même idiome.

Elias fixa quelques secondes son regard dans les yeux d’Ibarra et reprit:

—Quand la justice des hommes voudra éclaircir ce mystère et vous demandera votre témoignage, je vous supplie de ne parler à personne de l’avertissement que je vous ai donné à l’église.

—Ne vous inquiétez pas, répondit Crisóstomo avec un certain ennui, je sais que vous êtes poursuivi, mais je ne suis pas un délateur.

—Oh! ce n’est pas pour moi! ce n’est pas pour moi! s’écria vivement Elias, non sans quelque hauteur, c’est pour vous: moi, je ne crains rien des hommes!

La surprise d’Ibarra s’augmenta encore; le ton dont lui parlait ce paysan, cet ancien pilote, était nouveau et semblait n’être en rapport ni avec son état, ni avec sa fortune.

—Que voulez-vous dire? demanda le jeune homme en interrogeant du regard cet homme mystérieux.