Elle voulait prier, mais qui pourrait prier sans espérance? Le cœur qui s’adresse à Dieu, alors qu’il n’espère plus, ne peut exhaler que des plaintes: «Mon Dieu! soupirait le sien, pourquoi rejeter ainsi un homme, pourquoi lui refuser l’amour des autres? tu lui laisses ton soleil, ton air, tu ne lui caches pas la vue de ton ciel, pourquoi lui retirer l’amour sans lequel on ne saurait vivre?»
Ces soupirs, que n’entendaient pas les hommes, arrivaient-ils au trône de Dieu? La Mère des malheureux les entendait-elle?
Ah! la pauvre jeune fille, qui n’avait jamais connu de mère, s’enhardissait à confier les chagrins que lui causaient les amours de la terre à ce cœur très pur qui n’a jamais ressenti que l’amour filial et l’amour maternel; dans sa tristesse, elle avait recours à cette image divinisée de la femme, l’idéalisation la plus belle de la plus idéale des créatures, à cette poétique conception du Christianisme qui réunit en elle les deux états les plus parfaits de la femme, vierge et mère, sans rien ressentir de leurs douleurs ni de leurs misères, à cet être de rêve et de bonté que nous appelons Marie.
—Mère! mère! gémissait-elle.
La tante Isabel vint la tirer de ses larmes. Quelques-unes de ses amies étaient là et le capitaine général désirait lui parler.
—Tante, dites que je suis malade! supplia-t-elle, terrifiée; ils vont vouloir me faire chanter et jouer du piano!
—Ton père l’a promis, vas-tu faire mentir ton père?
Maria Clara se leva, regarda sa tante, tordit ses beaux bras en balbutiant.
—Oh! si j’étais...
Puis sans achever sa phrase, elle sécha ses larmes et se mit à sa toilette.