Pendant que Yeyeng sortait, habillée en femme du peuple avec le: Da Usté su permiso? et que Carvajal lui répondait: Pase usté adelante[2], etc., deux soldats de la Garde Civile s’approchèrent de D. Filipo, lui demandant de suspendre la représentation.
—Et pourquoi? demanda-t-il surpris.
—Parce que l’alférez et sa dame se sont battus et ne peuvent dormir.
—Dites à l’alférez que nous avons la permission de l’Alcalde Mayor et que, contre ce permis, personne ne peut rien dans le pueblo, même le gobernadorcillo, qui est mon u-ni-que su-pé-rieur.
—Mais il faut suspendre la séance! répétèrent les soldats.
D. Filipo haussa les épaules et leur tourna le dos. Les gardes s’en allèrent.
Pour ne pas troubler la tranquillité, D. Filipo ne dit rien à personne de cet incident.
Après un vaudeville qui fut très applaudi, le Prince Villardo se présenta défiant tous les Mores qui retenaient son père prisonnier; le héros les menaçait de leur couper à tous la tête d’une seule estafilade et de les envoyer dans la lune. Heureusement pour les Mores, qui se disposaient à combattre au son de l’hymne de Riego, un tumulte se produisit. L’orchestre s’arrêta, les musiciens assaillirent le théâtre en jetant leurs instruments. Le vaillant Villardo, qui ne les attendait pas, les prenant pour des alliés des Mores, jeta aussi son épée et son bouclier et prit la fuite; les Mores, en voyant fuir un si terrible chrétien s’enhardirent, à l’imiter; on entendait des cris, des interjections, des imprécations, des blasphèmes; tout le monde courait, se heurtait, les lumières s’éteignaient, on lançait en l’air les verres lumineux, etc.
—Les tulisanes, les tulisanes, criaient les uns.—Au feu, au feu! aux voleurs! criaient les autres; les femmes et les enfants pleuraient, les bancs et les spectateurs roulaient à terre au milieu de la confusion, du brouhaha et du tumulte.
Que s’était-il passé?