Personne de ceux qui connaissaient le franciscain ne le supposait capable de tendres sentiments; sous cette rude et grossière enveloppe personne ne croyait que battît un cœur.
Le P. Dámaso ne put en dire plus et, s’éloignant de la jeune fille en pleurant comme un enfant, il s’en fut derrière la tapisserie pour donner libre cours à sa douleur, sous les plantes grimpantes favorites du balcon de Maria Clara.
—Comme il aime sa filleule! pensaient-ils tous.
Fr. Salvi le contemplait immobile et silencieux, se mordant légèrement les lèvres.
Lorsque son chagrin fut un peu apaisé, Da. Victorina lui présenta le jeune Linares qui s’approcha de lui avec respect.
Fr. Dámaso, sans rien dire, le contempla, des pieds à la tête, prit la lettre qu’il lui tendait et la lut sans paraître y rien comprendre, puis lui demanda:
—Eh bien! qui êtes-vous?
—Alfonso Linares, le filleul de votre beau-frère... balbutia le jeune homme.
Le P. Dámaso rejeta la tête en arrière, examina de nouveau le jeune homme et son visage s’éclairant, se leva:
—Comment, c’est toi le filleul de Carlicos[1]! s’écria-t-il en le serrant dans ses bras; viens que je t’embrasse... Il y a quelques jours j’ai reçu une lettre de lui...! Comment c’est toi! Je ne t’ai pas connu... tu n’étais pas encore né quand j’ai quitté le pays, je ne te connaissais pas!