Les persécutés

A la faveur de la faible clarté que diffuse la lune à travers les épaisses frondaisons des grands arbres, un homme vague par le bois; son pas est lent mais assuré. De temps en temps, comme pour s’orienter, il siffle un air particulier auquel, de loin, un autre sifflement répond par le même air. L’homme attentif écoute, puis poursuit sa route vers le côté d’où partent ces sons lointains.

Enfin, après avoir lutté contre les multiples obstacles qu’oppose une forêt vierge à la marche de l’homme, surtout la nuit, il arrive à une petite clairière baignée par la lumière de la lune en son premier quartier. Des roches élevées, couronnées d’arbres, s’érigent à l’entour formant comme un amphithéâtre en ruines; d’autres arbres récemment coupés, des troncs encore carbonisés gisent au milieu, confondus avec d’énormes rocs que la nature recouvre à demi de son vert manteau.

A peine l’inconnu entrait-il dans la clairière qu’une autre forme humaine, sortant prudemment de derrière un grand rocher, s’avança un revolver à la main.

—Qui es-tu? demanda-t-elle en tagal, d’une voix impérieuse en armant le chien de son arme.

—Le vieux Pablo est-il parmi vous? répondit l’arrivant d’une voix tranquille, sans déférer à la question qui lui était posée, sans paraître intimidé.

—Tu parles du capitaine? Oui, il est là.

—Dis-lui alors qu’Elias le cherche.

—Vous êtes Elias? demanda l’autre avec un certain respect; et il s’approcha, sans pour cela cesser de tenir son revolver prêt à faire feu; eh bien!... venez.

Elias le suivit.