De cette enceinte on passe dans l’arène que l’on nomme Rueda[4]. Le plancher, entouré de bambous, est plus élevé que celui des deux autres compartiments. A la partie supérieure, touchant presque au toit, sont les gradins sur lesquels prennent place les spectateurs qui sont en même temps les joueurs. Pendant le combat ces gradins se remplissent d’hommes et d’enfants qui crient, hurlent, jurent, se disputent: presque aucune femme ne se risque jusque-là. Dans la Rueda même se tiennent les gros messieurs, les riches, les joueurs fameux, le contratista, le sentenciador. Sur le sol, parfaitement damé, luttent les volatiles; c’est de là que le Destin distribue aux familles le rire ou les larmes, la faim ou les joyeux repas.

En entrant, nous pouvons reconnaître aussitôt le gobernadorcillo, Capitan Pablo, Capitan Basilio et aussi José, l’homme à la cicatrice, que nous avons vu si désolé de la mort de son frère.

Capitan Basilio s’approche d’un habitant du pueblo et lui demande:

—Sais-tu quel coq apporte Capitan Tiago?

—Je ne le sais pas, señor, ce matin on lui en a apporté deux, l’un est le lásak qui a gagné le talisain du consul.

—Crois-tu que mon búlik[5] puisse lutter avec lui?

—Certainement; j’y mets ma maison et ma chemise!

Mais voici Capitan Tiago. Il est vêtu, comme les grands joueurs, d’une chemise de toile de Canton, d’un pantalon de laine et d’un chapeau de jipijapa[6]; il est suivi de deux domestiques dont l’un porte le fameux lásak et l’autre un coq blanc de taille colossale.

—Sinang m’a dit que Maria va de mieux en mieux, lui dit Capitan Basilio.

—Elle n’a plus de fièvre, mais elle est encore faible.