Ibarra s’en était aperçu, il avait regardé tout en souriant:
—Comment, dit-il, vous ne vous asseyez donc pas avec nous, D. Santiago?
Mais tous les invités étaient placés, aucun siège ne restait libre, Lucullus ne dînait pas chez Lucullus.
—Ne vous dérangez pas, restez tranquille, répondit Capitan Tiago, posant la main sur l’épaule du jeune homme. Cette fête a été donnée pour rendre grâces à la Vierge de votre heureuse arrivée. Ho! qu’on apporte la tinola! J’ai commandé de la tinola exprès pour vous qui, depuis quelque temps, n’y avez pas goûté.
On apporta un grand plat fumant. Le dominicain, après avoir murmuré le Benedicite, auquel presque personne ne sut répondre, commença à servir les invités. Ce fut sans doute par inattention, mais il ne mit dans l’assiette du P. Dámaso qu’un peu de citrouille et de la sauce où nageaient un cou dénudé et une aile de poule suffisamment dure, tandis que les autres se régalaient des pattes et du blanc. Ibarra privilégié avait reçu les rognons. Le franciscain avait tout vu, il hacha les pépins, prit un peu de bouillon, laissa tomber bruyamment la cuiller et repoussa bruyamment l’assiette devant lui. Le dominicain, très distrait, conversait avec le jeune homme blond.
—Depuis combien de temps avez-vous quitté le pays? demanda Laruja à Ibarra.
—Depuis presque sept ans.
—Alors, vous devez l’avoir oublié?
—Bien au contraire! mon pays peut, comme il me semble, ne plus se souvenir de moi, j’ai toujours pensé à lui.
—Que voulez-vous dire? demanda le jeune homme blond.