—Señora! s’écria l’alférez furieux! vous êtes heureuse que je me souvienne que vous êtes une femme, car sinon je vous crèverais à coups de pied avec toutes vos boucles et tous vos rubans!
—Se... señor alférez!
—Allez, charlatan! Vous ne portez pas de pantalons, Juan Lanas[3]!
S’armant l’une de paroles et de gestes, l’autre de cris, d’insultes et d’injures, elles se jetèrent à la tête tout ce qu’il y avait en elles de sale et de honteux, ce fut un fleuve d’ordures qui les inonda toutes deux. Tous quatre parlaient à la fois; dans cette multitude de mots, de nombreuses vérités se révélèrent au grand jour, mais en de tels termes que nous renonçons à les reproduire. S’ils n’entendaient pas tout, les curieux ne laissaient pas de se divertir beaucoup; ils attendaient la bataille. Malheureusement pour les amateurs de spectacle, le curé vint à passer qui rétablit la paix.
—Señores, señoras! quelle honte! Señor alférez!
—Que venez-vous faire ici, hypocrite, carliston?
—D. Tiburcio, emmenez votre femme! Señora, contenez votre langue!
—C’est à ces voleurs de pauvres que je parlais!
Peu à peu le dictionnaire d’épithètes sonores s’épuisa, les deux mégères éhontées ne trouvèrent plus rien à se dire et tout en se menaçant, en s’injuriant encore, les deux couples se séparèrent peu à peu. Fr. Salvi allait de l’un à l’autre, se prodiguant; si notre ami le correspondant avait été là!...
—Nous repartons aujourd’hui même pour Manille et nous nous présenterons au capitaine général! disait Da. Victorina furieuse à son mari. Tu n’es pas un homme!