Tout bouleversé encore, Fr. Salvi se décida enfin à sortir de sa cachette; il descendit les escaliers.

—Les tulisanes ont tué l’alférez! Maria, Sinang, dans votre chambre, barricadez bien la porte! Kyrie eleison!

Ibarra, lui aussi, se dirigea vers les escaliers, malgré la bonne tante qui, se souvenant qu’elle avait été très amie de sa mère, ne voulait pas le laisser sortir qu’il ne se fût confessé.

Il était dans la rue: bouleversé, il lui parut que tout tournait autour de lui, ses oreilles bourdonnaient, ses jambes se mouvaient avec peine, des flots de sang, des lueurs entremêlées de ténèbres passaient dans ses yeux.

La rue était déserte, la lune brillait splendide au ciel et cependant ses pieds trébuchaient contre chaque pierre, contre chaque morceau de bois.

Près du quartier, baïonnette au fusil, des soldats parlaient avec animation, ils ne l’aperçurent pas.

Dans le tribunal on entendait des cris, des coups, des plaintes, des malédictions; la voix de l’alférez surpassait et dominait tout.

—Au cepo[1]! Les menottes! Deux coups de feu à qui bouge! Aujourd’hui ni personne ni Dieu ne passe! Capitan, ce n’est pas le moment de dormir.

Ibarra pressa le pas vers sa maison: ses domestiques l’attendaient, inquiets.

—Sellez le meilleur cheval et allez dormir! leur dit-il.