Dans un coin du patio, sur un vieux chariot, cinq cadavres étaient entassés, à demi-couverts par un morceau de natte déchirée, pleine de saletés. Un soldat les gardait, faisant les cent pas, crachant à chaque instant.

—Les connais-tu? demanda l’alférez en levant la natte.

Társilo ne répondit pas; il vit le cadavre du mari de la folle avec deux autres, celui de son frère, criblé de baïonnettes et celui de José, la corde encore pendue au cou. Son regard s’assombrit et un soupir parut s’échapper de sa poitrine.

—Les connais-tu? lui demanda-t-on à nouveau.

Társilo resta muet.

Un sifflement déchira l’air, le jonc frappa ses épaules. Il frémit, ses muscles se contractèrent. Les coups se répétèrent, mais Társilo était toujours impassible.

—Qu’on le bâtonne jusqu’à ce qu’il crève ou qu’il avoue! cria l’alférez exaspéré.

—Parle donc! lui dit le directorcillo; de toutes façons on te tuera.

On le reconduisit dans la salle où l’autre prisonnier invoquait les saints, claquant des dents et fléchissant sur ses jambes.

—Connais-tu celui-ci? demanda le P. Salvi.