LVIII
Le maudit
La nouvelle du départ des prisonniers se répandit rapidement dans le pueblo, soulevant la terreur d’abord, puis les plaintes et les lamentations.
Les familles des prisonniers couraient comme des folles, du couvent au quartier, du quartier au tribunal, ne trouvant nulle part de consolation, remplissant les airs de gémissements et de cris. Le curé s’était enfermé sous prétexte de maladie; l’alférez avait augmenté le nombre de ses gardes qui recevaient à coups de crosse les femmes suppliantes; le gobernadorcillo, être inutile s’il en fut, plus bête et plus insignifiant que jamais.
En face la prison, celles qui conservaient quelque force couraient d’une extrémité à l’autre, celles qui n’en avaient plus, s’asseyaient à terre, appelant les noms des personnes aimées.
Le soleil brûlait, et cependant aucune de ces malheureuses ne pensait à se retirer. Doray, la gaie et heureuse épouse de D. Filipo, errait désolée, portant dans ses bras son enfant; tous deux pleuraient.
—Retirez-vous, lui disait-on, votre enfant va prendre un coup de soleil.
—A quoi lui servira-t-il de vivre s’il n’a plus de père pour l’élever? répondait-elle, inconsolable.
—Votre mari est innocent, il reviendra!