—Je ne veux pas de cette tranquillité que tu me donnes; la tranquillité je me la donnerai moi-même. Tu me méprises, et ton mépris me rendra amère la mort elle-même!
Il vit le désespoir de la pauvre jeune fille et lui demanda ce qu’elle désirait:
—Que tu croies que je t’ai toujours aimé.
Il eut un amer sourire!
—Ah! tu doutes de moi, tu doutes de l’amie de ton enfance qui jamais ne t’a caché une seule de ses pensées! s’écria-t-elle. Je te comprends! Quand tu sauras mon histoire, la triste histoire que l’on m’a révélée pendant ma maladie, tu me plaindras et tu n’auras plus ce sourire pour répondre à ma douleur. Pourquoi ne m’as-tu pas laissée mourir dans les mains de mon ignorant médecin? Toi et moi, nous aurions été plus heureux!
Elle se reposa un moment, puis continua.
—Tu l’as voulu, tu as douté de moi, que ma mère me pardonne! Dans une de mes douloureuses nuits de souffrances, un homme me révéla le nom de mon véritable père et me défendit de t’aimer... S’il n’avait pas été mon père lui-même, il t’aurait pardonné l’injure que tu lui avais faite.
Ibarra recula et terrifié regarda la jeune fille.
—Oui, continua-t-elle; cet homme m’a dit qu’il ne pouvait permettre notre union, car sa conscience le lui interdisait; qu’il se verrait obligé de publier la vérité, au risque de causer un grand scandale, parce que mon père est...
Et à voix basse elle murmura un nom à l’oreille du jeune homme.