—Alors, va-t’en tout seul, je ne veux pas m’en aller; dis à maman que je suis malade; je ne veux pas m’en aller.
—Crispin, ne pleure pas! dit l’aîné. Maman ne le croira pas; le vieux Tasio a dit qu’un bon dîner nous attendait...
—Un bon dîner! Je n’ai pas encore mangé; ils ne veulent pas me donner à manger jusqu’à ce que les deux onces aient été retrouvées...
—Et puis, si maman semblait croire que tu as volé, tu lui dirais que le sacristain principal ment, que le curé qui l’écoute ment aussi; que tous mentent, qu’ils disent que nous sommes des voleurs parce que notre père est un méchant qui...
Mais une tête apparut sortant de l’ombre du petit escalier qui conduisait à l’étage principal et, comme si c’eût été celle de la Méduse, la parole se gela sur les lèvres de l’enfant. La tête était longue, sèche, avec de grands cheveux noirs; des lunettes bleues cachaient un œil borgne. C’était le sacristain principal qui faisait ainsi son entrée à la sourdine.
Les deux frères se sentirent trembler.
—Toi, Basile, je t’impose une amende de deux réaux pour ne pas tirer régulièrement, dit-il d’une voix caverneuse. Et toi, Crispin, tu resteras cette nuit jusqu’à ce que se retrouve ce que tu as volé.
Crispin regarda son frère comme pour lui demander protection.
—Nous avons la permission... mère nous attend à huit heures, murmura timidement Basile.
—Tu ne t’en iras pas non plus à huit heures; tu resteras jusqu’à dix.