«Roi, un homme est là, qui prétend convaincre votre sénéchal de mensonge et de félonie. A cet homme prêt à prouver qu’il a délivré votre terre du fléau et que votre fille ne doit pas être abandonnée à un couard, promettez-vous de pardonner ses torts anciens, si grands soient-ils, et de lui accorder votre paix et votre merci?»
Le roi y pensa et ne se hâtait pas de répondre. Mais ses barons crièrent en foule:
«Octroyez-le, sire! octroyez-le!»
Le roi dit:
«Et je l’octroie!»
Mais Iseut s’agenouilla à ses pieds:
«Père, donnez-moi d’abord le baiser de merci et de paix, en signe que vous le donnerez pareillement à cet homme!»
Quand elle eut reçu le baiser, elle alla chercher Tristan et le conduisit par la main dans l’assemblée. A sa vue, les cent chevaliers se levèrent à la fois, le saluèrent les bras en croix sur la poitrine, se rangèrent à ses côtés et les Irlandais virent qu’il était leur seigneur. Mais plusieurs le reconnurent alors, et un grand cri retentit: «C’est Tristan de Loonnois, c’est le meurtrier du Morholt!» Les épées nues brillèrent et des voix furieuses répétaient: «Qu’il meure!»
Mais Iseut s’écria:
«Roi, baise cet homme sur la bouche, ainsi que tu l’as promis!»