Le forestier le prit à l’écart et, tout bas, lui dit:

«J’ai vu la reine et Tristan. Ils dormaient, j’ai pris peur.

—En quel lieu?

—Dans une hutte du Morois. Ils dorment aux bras l’un de l’autre. Viens tôt, si tu veux prendre ta vengeance.

—Va m’attendre à l’entrée du bois, au pied de la Croix-Rouge. Ne parle à nul homme de ce que tu as vu; je te donnerai de l’or et de l’argent, tant que tu en voudras prendre.»

Le forestier y va et s’assied sous la Croix-Rouge. Maudit soit l’espion! Mais il mourra honteusement, comme cette histoire vous le dira tout à l’heure.

Le roi fit seller son cheval, ceignit son épée, et, sans nulle compagnie, s’échappa de la cité. Tout en chevauchant, seul, il se ressouvint de la nuit où il avait saisi son neveu: quelle tendresse avait alors montrée pour Tristan Iseut la Belle, au visage clair! S’il les surprend, il châtiera ces grands péchés; il se vengera de ceux qui l’ont honni...

A la Croix-Rouge, il trouva le forestier:

«Va devant; mène-moi vite et droit.»

L’ombre noire des grands arbres les enveloppe. Le roi suit l’espion. Il se fie à son épée, qui jadis a frappé de beaux coups. Ah! si Tristan s’éveille, l’un des deux, Dieu sait lequel! restera mort sur la place. Enfin le forestier dit tout bas: