«Ecoutez, sire Ogrin. Aidez-nous pour offrir un accord au roi. Je lui rendrais la reine. Puis, je m’en irais au loin, en Bretagne ou en Frise; un jour, si le roi voulait me souffrir près de lui, je reviendrais et le servirais comme je dois.»
Inclinée aux pieds de l’ermite, Iseut dit à son tour, dolente:
«Je ne vivrai plus ainsi. Je ne dis pas que je me repente d’avoir aimé et d’aimer Tristan, encore et toujours; mais nos corps, du moins, seront désormais séparés.»
L’ermite pleura et adora Dieu: «Dieu, beau roi tout-puissant! Je vous rends grâces de m’avoir laissé vivre assez longtemps pour venir en aide à ceux-ci!» Il les conseilla sagement, puis il prit de l’encre et du parchemin et écrivit un bref où Tristan offrait un accord au roi. Quand il y eut écrit toutes les paroles que Tristan lui dit, celui-ci les scella de son anneau.
«Qui portera ce bref? demanda l’ermite.
—Je le porterai moi-même.
—Non, sire Tristan, vous ne tenterez point cette chevauchée hasardeuse; j’irai pour vous, je connais bien les êtres du château.
—Laissez, beau sire Ogrin; la reine restera en votre ermitage; à la tombée de la nuit, j’irai avec mon écuyer, qui gardera mon cheval.»
Quand l’obscurité descendit sur la forêt, Tristan se mit en route avec Gorvenal. Aux portes de Tintagel, il le quitta. Sur les murs, les guetteurs sonnaient leurs trompes. Il se coula dans le fossé et traversa la ville au péril de son corps. Il franchit comme autrefois les palissades aiguës du verger, revit le perron de marbre, la fontaine et le grand pin, et s’approcha de la fenêtre derrière laquelle le roi dormait. Il l’appela doucement. Marc s’éveilla.
«Qui es-tu, toi qui m’appelles dans la nuit à pareille heure?