En fin d’esté od grand pité.

(Le Domnei des amanz.)

Quand Tristan, rentré dans la cabane du forestier Orri, eut rejeté son bourdon et dépouillé sa chape de pèlerin, il connut clairement en son cœur que le jour était venu de tenir la foi jurée au roi Marc et de s’éloigner du pays de Cornouailles.

Que tardait-il encore? La reine s’était justifiée, le roi la chérissait, il l’honorait. Arthur au besoin la prendrait en sa sauvegarde, et, désormais, nulle félonie ne prévaudrait contre elle. Pourquoi plus longtemps rôder aux alentours de Tintagel? Il risquait vainement sa vie, et la vie du forestier, et le repos d’Iseut. Certes, il fallait partir, et c’est pour la dernière fois, sous sa robe de pèlerin, à la Blanche-Lande, qu’il avait senti le beau corps d’Iseut entre ses bras.

Trois jours encore, il tarda, ne pouvant se déprendre du pays où vivait la reine. Mais quand vint le quatrième jour, il prit congé du forestier qui l’avait hébergé et dit à Gorvenal:

«Beau maître, voici l’heure du long départ: nous irons vers la terre de Galles.»

Ils se mirent à la voie, tristement, dans la nuit. Mais leur route longeait le verger enclos de pieux où Tristan, jadis, attendait son amie. La nuit brillait limpide. Au détour du chemin, non loin de la palissade, il vit se dresser dans la clarté du ciel le tronc robuste du grand pin.

«Beau maître, attends sous le bois prochain; bientôt je serai revenu.

—Où vas-tu? Fou, veux-tu sans répit chercher la mort?»

Mais déjà, d’un bond assuré, Tristan avait franchi la palissade de pieux. Il vint sous le grand pin, près du perron de marbre clair. Que servirait maintenant de jeter à la fontaine des copeaux bien taillés? Iseut ne viendrait plus! A pas souples et prudents, par le sentier qu’autrefois suivait la reine, il osa s’approcher du château.