XVI
[KAHERDIN]

La dame chante dulcement,

Sa voix accorde a l’estrument.

Les mains sont beles, li lais bons,

Dulce la voix et bas li tons.

(Thomas.)

A quelques jours de là, le duc Hoël, son sénéchal et tous ses veneurs, Tristan, Iseut aux Blanches Mains et Kaherdin sortirent ensemble du château pour chasser en forêt. Sur une route étroite, Tristan chevauchait à la gauche de Kaherdin, qui de sa main droite retenait par les rênes le palefroi d’Iseut aux Blanches Mains. Or, le palefroi buta dans une flaque d’eau. Son sabot fit rejaillir l’eau si fort jusque sous les vêtements d’Iseut qu’elle en fut toute mouillée et sentit la froidure plus haut que son genou. Elle jeta un cri léger, et d’un coup d’éperon enleva son cheval en riant d’un rire si haut et si clair que Kaherdin, poignant après elle et l’ayant rejointe, lui demanda:

«Belle sœur, pourquoi riez-vous?

—Pour un penser qui me vint, beau frère. Quand cette eau a jailli vers moi, je lui ai dit: «Eau, tu es plus hardie que ne fut jamais le hardi Tristan!» C’est de quoi j’ai ri. Mais déjà j’ai trop parlé, frère, et m’en repens.»

Kaherdin, étonné, la pressa si vivement qu’elle lui dit enfin la vérité de ses noces.