Toutes les figures de ma petite galerie sont appréciées avec une franchise absolue et une entière liberté. Biographie, quand il s’agit d’académiciens, est, pour bien des lecteurs, synonyme d’éloge. J’ai trop souvent peut-être oublié cette tradition; mais un mot de Voltaire m’a plus d’une fois soutenu dans l’entreprise peu périlleuse de juger équitablement les hommes du siècle passé: «Qui loue tout n’est qu’un flatteur; celui-là seul sait louer qui loue avec restriction.»
Les grands hommes sont rares, il faut bien le savoir, et l’on doit, quand on les rencontre, s’incliner profondément devant eux. Mais lorsqu’un sourire ironique accueille tardivement le souvenir de ceux qui en ont indûment tenu l’emploi, il n’y a à cela ni injustice ni inconvénient.
J’aurais pu souvent, sans infidélité comme sans effort, montrer dans les passions et les ridicules, les partialités et les jalousies du passé, des analogies et des leçons applicables au temps présent. Non-seulement je me suis abstenu de chercher pour ce livre un tel genre d’intérêt, mais chaque fois que l’allusion, s’imposant en quelque sorte, se présentait à moi trop facile et trop claire, je me suis fait une loi invariable de quitter brusquement la plume.
J. BERTRAND.
L’ACADÉMIE DES SCIENCES
ET
LES ACADÉMICIENS
DE 1666 A 1793