Adanson, Vicq d’Azyr et Jussieu, en accordant de justes louanges à des voyageurs comme Richard et Cusson de Labillardière, signalent l’importance des collections péniblement recueillies au loin, et, réclamant parfois l’exécution de promesses oubliées, en prolongent malheureusement sans résultat la pénible illusion.

«Notre pauvre voyageur, dit Cuvier dans l’éloge de Richard, un rapport de l’Académie à la main qui constatait l’étendue et l’importance de ses travaux, frappa à toutes les portes; mais les ministres et jusqu’aux moindres commis, tout était changé; personne ne se souvenait qu’on lui avait fait des promesses; il n’importait guère à des gens qui voyaient chaque jour leur tête menacée, qu’il fût venu un peu plus de girofles de Cayenne, ou qu’on eût propagé des fuchsias ou des eugénias: des découvertes purement scientifiques les touchaient encore bien moins. Ainsi, M. Richard se trouva avoir employé son temps, altéré sa santé et sacrifié sa petite fortune, sans que personne daignât seulement lui laisser entrevoir quelque espérance d’assurer son avenir.»

C’était alors l’histoire de bien d’autres.

Citons encore, parmi les travaux de l’Académie à cette époque, un excellent rapport de Monge et de Borda sur un modèle de machine à vapeur à double effet, construit par le mécanicien Périer, dont l’esprit ingénieux, après un coup d’œil furtivement jeté à Londres sur les appareils de Watt, avait pénétré le principe et le secret de l’invention nouvelle.

Accoutumée à tenir pour fait tout ce qu’elle décrète, l’Assemblée nationale s’étonne souvent que le grand ouvrage sur le système métrique ne s’exécute pas aussi rapidement que ses décisions précipitées de chaque jour. L’Académie, cependant, y travaille avec un grand zèle, et cinq commissions, nommées dans la séance du 23 avril 1791, poursuivent simultanément leurs travaux. Cassini, Méchain et Legendre sont chargés des mesures astronomiques; Meusnier et Monge s’occupent de mesurer les bases avec une minutieuse précision; Borda et Coulomb déterminent la longueur du pendule qui bat les secondes; Lavoisier et Haüy étudient le poids de l’eau distillée; Tillet, Brisson et Vandermonde, enfin, dressent l’inextricable tableau des mesures anciennes. Pour qu’aucun obstacle ne retarde les voyages ou les expériences jugées nécessaires, l’Assemblée vote une première somme de 100,000 livres, et ordonne qu’elle soit immédiatement payée.

L’Académie des sciences avait été chargée de décerner chaque année, au nom de la France, un prix de 1,200 livres à l’auteur français ou étranger de la découverte scientifique jugée par elle la plus considérable et la plus importante.

L’Académie, qui avait elle-même exclu ses membres du concours, discuta longuement les travaux astronomiques d’Herschell et de Maskelyne, de l’anatomiste Mascagni, du botaniste Guerthner, auxquels on opposa la machine de Watt, que l’on peut regarder, disait la section de mécanique, comme étant de toutes les découvertes récentes la plus ingénieuse et la plus utile; elle arrêta ses suffrages sur le télescope récemment construit par Herschell, et, comme un an déjà était écoulé depuis le décret de l’Assemblée, on accorda immédiatement un autre prix à l’ouvrage de Mascagni intitulé: Vasorum lymphaticorum historia. Lavoisier, dont l’esprit généreux et actif animait alors l’Académie et en inspirait souvent les démarches, prit la parole après ce double vote. «Après avoir, dit-il, rendu hommage à M. Herschell, l’Académie en a un autre à rendre à la science elle-même, et qui consiste à faire construire un télescope d’après les principes de M. Herschell.»

Pour subvenir à la dépense, évaluée à 100,000 livres, il proposait d’employer 36,000 livres disponibles provenant des sommes destinées à des prix non décernés, en y ajoutant le produit de la vente d’une pépite d’or pesant plus de dix livres appartenant au cabinet de l’Académie, et de demander le reste à l’Assemblée nationale.

Les commissaires nommés par l’Assemblée, Lacépède, Pastoret et Romme, dévoués tous trois à la science, se montrèrent en vain favorables; regrettant même la destruction d’un objet rare et curieux comme la pépite d’or, ils promirent en vain à Lavoisier d’en éviter le sacrifice à l’Académie. Le télescope ne fut pas construit, et le seul résultat du projet fut d’appeler l’attention sur la petite fortune que l’Académie, prudemment conseillée, offrit peu de temps après à la nation.