Et par la Mort droict au ciel t’en iras.
Je reviendrai bientôt, dans un chapitre spécial, sur la partie philosophique et religieuse de l’Avant-Naissance. Parlons un peu maintenant du recueil des Poésies latines de Dolet (Carminum libri quatuor), qui parut, comme je l’ai dit plus haut, en 1538, et qui fut la seconde production de ses presses.
Ce volume lui fait honneur, ainsi que toutes les éditions qui suivirent, par la pureté du texte, la beauté des caractères et l’éclatante largeur des marges.
Voici la préface adressée à Claude Cottereau:
«Stephanus Doletus Claudio Cotterœo salutem.
«Post longum diuturnumque laborem, quem in edendo primo et secundo meorum linguæ latinæ Commentariorum tomo consumpsi, antequam ad tertii tomi (quo mei omne ingenii, et in eloquentia judicii, documentum servo) editionem progrederer, suaviorum Musarum jocis oblectare me visum est. Visum vero id est, non tam oblectationis causa, quam nonnullorum obtrectatorum frangendorum nomine, qui maledicendi ansam eo in me arripiunt, quod Commentariis conscribendis tempus tantum dederim: perinde quasi majora præstare nequeam, et ad mediocria vel vulgaria sim solum ipse natus. Verum hic stultam obtrectatorum petulantiam acerbius insectari non constitui. Me igitur his suaviorum Musarum intermissis ad tempus jocis oblectare visum est: quibus te etiam mecum oblectari et volo et cupio. In eo autem carminis iambici genere si quis me reprehendat, quod in secunda, quarta et sexta sede, iambum, dactylum, anapæstum, tribrachum, pyrrhichium, et spondæum interdum indifferenter locem, quisquis is est, is id me, non sine antiquorum omnium poetarum, exemplo et imitatione, facere me intelligat, a reprehensioneque abstineat: nec me id facere in aliis versus iambici sedibus aut miretur, aut calumnietur. Etenim doctis omnibus usitatum est. Ad hæc jejuni ingenii et puerilis esse sciat, nimia grammaticarum in re ejusmodi præceptionum observatione in obscuritatem incidere, rem ob oculos prima lectione non ponere. Id quod facere semper conati sumus, in posterumque perpetuo conabimur, laudem summam ex facilitate in re omni aucupantes. Vale. Ludguni, calendis junii M D XXXVIII.»
«Estienne Dolet à Claude Cottereau, salut.
«Après ce long, cet éternel travail que m’a coûté la publication du premier et du second volume de mes Commentaires sur la langue latine; avant d’aborder la rédaction du troisième, où je me propose de donner toute la mesure de mon génie, toute celle de mon jugement en fait de style et d’éloquence, il m’a paru bon de me récréer aux jeux plus doux des Muses. En cela même, mon but est moins de me divertir que d’écraser certains détracteurs qui s’emparent, comme d’une bonne fortune pour leur méchanceté, du temps énorme que m’a pris la composition de mes Commentaires. A les entendre, je ne pourrais aspirer plus haut; une compilation vulgaire est seule à ma portée. Mais que m’importe, après tout? Laissons dans l’ombre la sotte effronterie de mes envieux; en tirer une vengeance acerbe, ce n’est point ici mon affaire. Il m’a donc paru bon de m’interrompre quelque temps pour me délasser à ces doux jeux des Muses; partage-les maintenant, je t’en prie, je le désire. Quant au système de vers ïambiques adopté par moi, si quelqu’un me blâme de placer indifféremment au second, au quatrième et au sixième pied, un ïambe, un dactyle, un anapeste, un tribraque, un pyrrhique ou un spondée, quel qu’il soit, il lui faut comprendre qu’en cela j’imite l’exemple de tous les anciens poëtes, et s’abstenir ici d’une censure sans fondement. Qu’il ne s’étonne pas ensuite et ne me cherche pas chicane si je n’en fais pas de même aux autres pieds du vers, car c’est l’usage de tous les doctes. En outre, il saura qu’il est d’un esprit puérilement étroit d’outrer en pareille matière le scrupule grammatical, et de tomber par là dans l’obscurité. L’idée doit sauter aux yeux à la première lecture. C’est à quoi je me suis toujours appliqué, c’est à quoi je m’appliquerai sans cesse à l’avenir, dans l’attente que cette clarté soutenue me comblera de gloire. Adieu. Lyon, calendes de juin M D XXXVIII.»
Dolet semble avoir pressenti les tempêtes qu’allait soulever contre lui sa fière et violente personnalité, largement étalée à chaque page de ce curieux volume. Il les brave d’avance, en tête de son recueil, dans la pièce liminaire qu’on va lire:
Non me fugit, Zoïle, fore multum risum