«Je te vois d’ici, Zoïle: tu vas pouffer de rire, tantôt quand je me traiterai moi-même de grand poëte, tantôt quand je me vanterai de réussir dans tous les rhythmes. Ris si tu veux, tu feras une chose déjà faite. Moi tout le premier, j’ai ri de mon outrecuidance; elle n’est guère passible après tout que du rire de Démocrite. Mais toi, joins ton animosité à toutes les haines que soulève ma gloire, et saisis ce prétexte d’aboyer contre moi. De quelle façon, vous autres, pensez-vous me terrifier par vos aboiements? De la même façon que les roquets de Malte épouvantent le lion ou le sanglier, que le cousin microscopique fait peur à l’éléphant des Indes, et les faibles pies au puissant épervier.»
Ce volume des Carmina comprend quatre livres, à la suite desquels se lisent différentes pièces de vers grecs et latins, composés en l’honneur de Dolet par quelques-uns de ses amis: Salmon Macrin, Nicolas Bourbon de Vandœuvre, Honoré Veracius, Jean Voulté, Godefroi Beringius. Le premier livre débute par un hommage à François Ier. Etienne lui consacre en peu de mots son offrande poétique, et le prie d’accueillir avec bonté, sinon ce léger présent, au moins le cœur qui l’offre. Vient ensuite une ode plus étendue, où le poëte recommande au Protecteur des lettres les Muses, qui seules empêchent un grand homme ou un grand peuple de mourir. Mais cédons encore la parole au savant humaniste:
Francisce, non uno quidem, sed omnibus
Rex digne regnis, qui fit, ut
Oblivione livida Gallorum honos
Impune carpatur latens,
Et nocte longa huc usque pressus, lumine
Caruerit? An quod defuit
Gallis sua olim laus, vel ampli nominis
Celebritas? An quod mari,