C’est à Lyon que Dolet le cicéronien avait fait connaissance avec le joyeux Panurge, grand amateur aussi, malgré sa nature gauloise, de la belle langue romaine du siècle d’Auguste. Estienne, entre autres souvenirs d’amitié, lui a consacré trois de ses Poésies latines (I, 56; II, 14; IV, 18). La deuxième de ces pièces est une courte réponse à cinq distiques latins, dans lesquels Rabelais envoyait à notre humaniste la recette jusque alors perdue du Garum, espèce de saumure antique. La dernière et la plus originale fait parler en ces termes le cadavre d’un pendu, qui s’applaudit d’être disséqué publiquement par le docte François, médecin à l’hôpital de Lyon:
Stygem paludem et quicquid ater Orcus habet
Fortuna jurarat furens
Damnum mihi omne se reperturam et probrum.
Quod dum studet atque nititur,
Et viribus totis suum in me dirum odium
Explet saturatque, ut collibitum est,
Tibi ecce, puncto temporis claudor carcere,
Educor, et laqueo miser
Mox strangulatus pendeo. At quid non potest