Marot n’a pas eu de bonheur dans sa prophétie, suivant une remarque spirituelle de son éditeur Lenglet-Dufresnoy. Bien des opinions peuvent se formuler sur le compte de Dolet; mais, à coup sûr, on ne dira jamais qu’il n’a pas fait de bruit à sa mort.
C’est probablement par l’intermédiaire de Marot, leur ami commun, que Dolet fut mis en relation avec l’Horace français, Salmon Macrin de Loudun, l’un des plus célèbres poëtes latins modernes du seizième siècle. On a déjà vu précédemment, au [chapitre X], avec quelle chaleur d’enthousiasme Macrin salua l’apparition des poésies latines de Dolet. Ce n’était pas le premier témoignage de sa sympathie pour le courageux savant. En 1537, il inséra (p. 37) dans le volume de ses Hymnes, publié chez Robert Estienne, une assez longue pièce hendécasyllabique (Ad Poetas gallicos, Aux Poëtes de la France), où il associa notre humaniste à quatre autres héritiers de la muse antique, Germain Brice, Dampierre, Nicolas Bourbon et Jean Voulté, pour leur rendre à tous les cinq un hommage collectif, et les prier de l’admettre, lui sixième, dans leur poétique phalange. Voici, du reste, les vers de Macrin, suivis, comme toujours, de la traduction française:
Brixi, Dampetre, Borboni, Dolete,
Vulteique operis recentis auctor;
Facundi numero elegante vates,
Felices animæ atque honore dignæ,
Queis et Gallia nostra gloriatur,
Fidenter medium exserens et unguem
Gentes ausonias lacessit audax;
Mercedem a patria feretis ecquam,