«Assez et trop longtemps l’hiver, l’âpre hiver vous a retenues tristement captives; secouez sa langueur, ô jeunes vierges! Bannissez les soucis qui creusent les joues, assombrissent le front, enlaidissent tous les membres. Oui, assez et trop longtemps l’hiver, l’âpre hiver vous a retenues tristement captives; secouez sa langueur, ô jeunes vierges!
«A l’heure où la terre enfante, fécondée par le souffle du renouveau; où partout les arbres se parent d’un luxuriant feuillage, d’une verte chevelure; ornez, vous aussi, votre visage et votre sein. Alerte! volez, d’un pas rapide, à travers la campagne fleurie. Diane, la chaste déesse qui vous protège, ne se cache plus au fond des grottes rocailleuses; elle a montré sa tête charmante, elle respire enfin sous un beau ciel calme! Errante au milieu des bois, elle arrête sous ses traits la course foudroyante des sangliers; entourée de ses nymphes, elle conduit avec grâce leurs danses bruyantes et joyeuses. Vienne la sueur qui les inonde, la soif qui les dévore: tout près d’elles sont de fraîches fontaines, pour étancher leur soif brûlante, pour baigner leurs membres accablés de chaleur.
«Puis, étendues sous le vert abri d’un hêtre, elles savourent, d’une oreille attentive, les doux concerts d’un millier d’oiseaux; elles étudient la plaintive romance dont Philomèle les ravit, et, chanteuses rivales, font retentir aussi de leurs modulations les échos de la voûte céleste. Le feuillage du thyrse environne leurs tempes; d’une main légère elles tressent en guirlandes variées l’hyacinthe et la rose purpurine.
«Et tant de séductions ne vous décideraient pas à vivre de la vie des champs, à devenir les suivantes de Diane, à partager avec elle les délices qui l’enchantent? Allons, livrez-vous aux jeux folâtres, faites-vous une existence joyeuse. Vous en avez le loisir; votre âge le permet, et le sourire de la jeune saison vous y invite.»
Les cinq autres pièces comprennent: un Eloge de Paris, que j’aurai occasion de citer à la fin du chapitre suivant; une nouvelle invocation; deux odes en l’honneur de la Vierge; enfin, un dernier appel à la Muse (Ad Musam: quod carmen ultimum fuit recitatum in certamine).
Dolet en fut pour ses frais poétiques, j’ai tout lieu de le croire[54]. Vainqueur, il n’eût pas manqué de nous apprendre son triomphe, car je dois convenir que la modestie était son moindre défaut. Maintenant, je ne m’étonnerais pas que les poésies couronnées ne fussent réellement inférieures aux vers latins qu’on vient de lire. Nous savons tous qu’une semblable anomalie n’est pas absolument sans exemple dans les annales des concours académiques. Églantine d’or ou souci d’argent,—le nom pas plus que la chose n’y fait rien,—il faut parfois se baisser pour cueillir ces fleurs-là. Certaines originalités, particulières au vrai talent, effarouchent des juges pudiques, amoureux quand même de la vulgarité coulante; et l’on est souvent tenté de répéter avec Horace: Aurea mediocritas!
Quoi qu’il en soit, le souvenir de son échec aux Jeux floraux dut entrer pour une forte dose dans la rancune de Dolet contre une ville barbare. Quand les harangues antitoulousaines firent explosion, c’étaient des armes chargées depuis longtemps.
[52] Carm., III, 27.
[53] Carm., III, 31.
[54] Voulté semble faire allusion, dans les vers suivants, à cette déconvenue de son ami: