Gryphi, nobilium typographorum
Nobilissime, eaque in arte princeps[78].
«Gryphius, le plus illustre de nos illustres typographes, et le prince de ton art, par ton génie artiste, ton goût sûr, ta correction consciencieuse et sévère, l’ampleur de tes marges et leur éclatante netteté; enfin, les soins opiniâtres dont tu entoures les ouvrages qui te sont confiés, quand tu les multiplies sous tes presses laborieuses: je te recommande ce tout petit livre, dédié au meilleur, au plus grand des rois; oui, ce fruit récent de mes veilles, je te le recommande avec instance. Il ne vaut pas trois onces; mais s’il paraît sous les auspices de ton zèle habile; si, prenant l’essor de tes presses, il vole de bouche en bouche dans le monde savant, sous une forme brillante et correcte; il te devra plus qu’à Macrin, et te reconnaîtra justement pour son père, ô Gryphius, le plus illustre de nos illustres typographes, et le prince de ton art!»
Enfin, l’année 1536 vit paraître, avec toute la splendeur matérielle qu’une édition pouvait déployer à cette époque, et notamment avec un superbe titre en forme de cadre, gravé sur bois, le tome premier, depuis si longtemps attendu, des Commentaires de la langue latine[79].
Voici la description fidèle du frontispice xylographique dont je viens de parler:
En haut de la page on aperçoit Salomon, ayant à sa droite Socrate et Pythagore, à sa gauche Aristote et Platon. Le compartiment inférieur du cadre nous laisse voir Homère, agenouillé devant la classique fontaine du Parnasse; les Muses l’entourent, et l’une d’elles, Calliope, dépose sur sa tête l’immortelle couronne de laurier.
Les marges verticales représentent les principales célébrités des antiques littératures grecque et latine; à gauche: Aristide et Démosthène, Lucien et Plutarque, Cicéron et Quintilien, Pline et Aulu-Gelle, Tite-Live et Salluste; à droite: Homère et Hésiode, Euripide et Aristophane, Théocrite et Pindare, Virgile et Horace, Ovide et Lucrèce; en tout vingt personnages, dix de chaque côté.
Après leur avoir donné cette vénérable escorte, Estienne laissa partir ses chers Commentaires. L’allocution suivante, d’une tendresse toute paternelle, lui servit d’adieu à l’heure de la séparation:
Prima meæ monimenta artis, monimenta juventæ
Prima meæ, tandem auspiciis exite secundis;