Sa mère versa maintes larmes après sa disparition. Comme l’idée de laisser un mot derrière lui ne lui était pas venue à l’esprit, il fut pleuré comme mort jusqu’au jour où, huit mois après, sa première lettre arriva, datée de Talcahuano. Elle était courte ; on y lisait :

« Nous avons eu très beau temps pour la traversée. »

Évidemment, dans l’esprit de Mac Whirr fils, la seule nouvelle importante de sa lettre était celle-ci : son capitaine l’avait, le jour même, inscrit régulièrement comme matelot de pont, matelot de 3e classe : « parce que je sais faire le travail » expliquait-il.

La mère pleura de nouveau abondamment. Le père traduisit son émotion par ces mots :

— « Quel âne que ce Paul ! »

Mac Whirr père était un homme corpulent qui, jusqu’à la fin de ses jours, exerça contre son fils une ironie latente, mêlée d’une ombre de pitié comme envers un être borné.

Les visites de Mac Whirr fils étaient nécessairement rares ; mais dans le cours des années qui suivirent il écrivit parfois à ses parents pour les tenir au courant de ses promotions successives et de mouvements sur le vaste globe. Dans ces missives, on pouvait trouver des phrases comme celles-ci : « Il fait sérieusement chaud ici » ou encore : « A 4 heures après midi, le jour de Noël, nous avons croisé des icebergs. » Les vieux parents apprirent à connaître un grand nombre de noms de navires, avec les noms des capitaines qui les commandaient — avec les noms d’armateurs écossais et anglais ; — un grand nombre de noms de mers, d’océans, de détroits, de promontoires ; et les noms de ports étranges, aux entrepôts de bois de charpente, aux entrepôts de riz, aux entrepôts de coton ; — un grand nombre de noms d’îles — et le nom de la fiancée de leur fils. Elle s’appelait Lucie. Il ne lui venait pas à l’idée de dire si ce nom lui semblait joli.

Puis les vieux moururent.

Le grand jour du mariage de Mac Whirr arriva en temps voulu, suivant de près le grand jour où il obtint son premier commandement.

Tous ces événements avaient eu lieu nombre d’années avant certain matin, où, debout dans le rouf du vapeur Nan-Shan, Mac Whirr considérait la baisse d’un baromètre dont il n’avait aucune raison de se défier.