— « On dirait que le vent est tombé, Monsieur. »

Les matelots furent contents de se retrouver dans la coursive. Chacun pensait, en secret, qu’il pourrait s’élancer sur le pont à la dernière minute — et trouvait là un réconfort ; il y a quelque chose d’horriblement répugnant dans l’idée d’être noyé à fond de cale. Maintenant qu’ils en avaient fini avec les Chinois ils reprenaient conscience de la position du navire.

En sortant de la coursive, Jukes pataugea jusqu’au cou dans l’eau bruyante. Il gagna la passerelle et fut tout étonné d’y pouvoir discerner des formes obscures, comme si son pouvoir visuel fût devenu surnaturellement aigu. Il discerna de vagues contours, qui ne lui rappelaient pas le familier aspect du Nan-Shan, mais spécialement autre chose dont il avait gardé le souvenir : un vieux vapeur dégréé qu’il avait vu pourrissant sur un banc de vase, de longues années auparavant. Oui, vraiment, le Nan-Shan évoquait cette épave.

Il n’y avait plus de vent ; pas un souffle ; sauf de légers courants d’air créés par les embardées du navire. La fumée rejetée par la cheminée retombait sur le pont ; en passant il respira. Il sentit la pulsation délibérée des machines et entendit de faibles bruits qui semblaient avoir survécu au grand tumulte ; les tintements d’accessoires brisés, la chute rapide de quelques débris sur la passerelle. Il perçut distinctement la forme trapue de son capitaine se retenant à une rambarde tordue, immobile et balancé comme s’il eût été cloué aux planches. La tranquillité inattendue de l’air oppressa Jukes :

— « C’est fait, capitaine », dit-il haletant.

— Je pensais bien », répondit Mac Whirr.

— « Vous pensiez bien, quoi ? » murmura Jukes à lui-même.

— « Le vent est tombé tout d’un coup », continua le capitaine.

Jukes éclata :

— « Si vous croyez que ça a été un boulot facile… »