Oui, tout cela, c'est bien triste; cependant ces gens-là avaient le droit d'être en prison; et moi, j'y fus mis pour… un vrai crime.

C'est pénible à avouer, allez! mais enfin, j'ai subi quinze jours de prison pour avoir bu un café en ville. Un tel forfait peut paraître effrayant. On me sait homme de bien, bon militaire, et l'on hésitera avant de me croire coupable d'une telle infamie.

Hélas! il n'y a pas à dire, il faut ajouter foi à ce que j'avoue. J'ai réellement commis l'attentat, et là-dessus écoutons mon récit, en essayant de contenir notre indignation.

Avant d'être soldat, j'habitais Paris. Je ne m'y ennuyais pas du tout, car j'étais sans le sou depuis longtemps.

Rien comme un gousset plat pour chasser l'ennui. Le moyen de cultiver le spleen un brin, quand on se pioche l'imagination pour trouver à dîner!

Toujours est-il que j'étais à Paris.

J'y avais de bons amis, dont deux, à mon départ m'accompagnèrent à la gare de Lyon. La séparation fut triste, comme on s'en doute bien.

J'ai juré une reconnaissance éternelle à ces deux amis, et, ô miracle! je ne les ai pas encore oubliés.

Puis le train m'emporta vers Marseille.

Le trajet ne fut pas gai, mes pensées me rendant sombre comme un cyprès.
J'abandonnais tout, et à mon âge, impossible de revenir en arrière.
Finies les escapades d'autrefois. Devenu sérieux, il me fallait, coûte
que coûte, percer ma voie dans une nouvelle carrière.