L'histoire est simple.
Dans un coin du quartier, isolé de tout, s'élève un petit édifice, très-coquet à l'extérieur, mais l'expérience m'a prouvé qu'il ne se soutient pas à l'intérieur.
Je ne veux pas le désigner autrement, quoique les Anglais n'hésitent pas à l'appeler chez eux: water closets.
Deux heures de ma vie, qui est pourtant une chose bien courte, furent gaspillées, que dis-je? furent empoisonnées par l'intérieur de ce petit édifice coquet.
Il faut bien tout détailler, quand on se mêle de parler de ses prisons.
Témoin Linguet, qui dit de croustillantes histoires sur la Bastille.
Patience cependant, car j'arrive à l'apogée de mon incarcération avec une dernière peinture de nos moeurs d'internés.
Dix grands fourneaux cuisent les aliments d'un bataillon. A heure fixe, les cuisiniers retirent la viande des marmites et la partagent en parts égales.
Les prisonniers, au courant des choses, accourent à la distribution. Chacun reçoit en cachette son os à ronger. On place un factionnaire qui avertit les dîneurs de l'approche d'une autorité quelconque.
J'avoue, à ma honte, que cette occupation m'avait toujours déplu, quand j'étais simple balayeur. Mais la pelle me donna du nerf, et rougissant un peu, je crois, je priai un cuisinier de me donner ma part. Ce brave garçon fut stupéfié. Je l'ai toujours soupçonné de m'avoir pris pour un spécialiste, à qui la faim était inconnue. Il ne savait pas, sans doute, la cause de mon sommeil dans le tombereau de Chicago.
Je reçus un énorme gigot. La glace était rompue, et, chaque jour depuis, je grugeais un bon morceau, à neuf heures et demie précises.