Bon, voilà que je blasphème, maintenant.

Décidément ce voyage de Bel-Abbès me fait perdre toute conscience de mes paroles. Moi, le soldat quand même, médire de la guerre! C'est plus fort que jouer au bilboquet.

Le lendemain, je m'ennuyais.

Cette effrayante assertion, de ma part, n'étonnera pas le lecteur. Eh bien! oui, je regrettais mes calmes passe-temps de Ras-el-Ma.

Ma première nuit de Bel-Abbès avait été houleuse, fantastique, phénoménale de mouvement et de péripéties. Le séjour de ma tente à Ras-el-Ma faisais contraste.

Le changement, trop brusque, avait bouleversé mes facultés vacillantes.

Là-bas, j'avais quelques livres, mes journaux, et le courrier, chaque matin, à heure fixe, m'apportait une petite provision d'émotions, à dose minime, qui suffisait à remplir doucement les vingt-quatre heures.

Ici, tourmenté comme une épave, je me heurte à chaque instant aux écueils multiples de trop nombreux bonheurs.

A Ras-el-Ma, je m'entretenais avec l'univers entier, à l'aide de mes chères gazettes.

Je conseille à ceux qui voudraient apprécier franchement les journaux de leur pays de faire un petit voyage de dix ans à quinze cents lieues du village natal. Qu'il essayent ensuite de la lecture des papiers compatriotes, et ils m'en diront des nouvelles.