Effilant, à l'aide d'un canif, ce qui restait du tuyau, je le taillai en biseau, et avec un peu de bonne volonté, je voulus bien m'en satisfaire.
Cette pipe est le plus ancien objet de tout mon matériel de guerre.
Seule du passé, elle est restée stoïque au poste en ma possession.
Achetée au Texas, d'un marchand mexicain, elle combattit les Indiens du Nord et du Sud, fit campagne aux montagnes Rocheuses, dans le Manitoba, m'accompagna dans un court et brillant pèlerinage à Paris,—où elle fut quelque peu délaissée,—et vint consommer son sacrifice de fidélité dans les déserts d'Afrique.
Elle passa par toutes les couleurs connues.
Elle devint rouge, noire et grise, et de nouveau noire, grise et rouge.
Enfin, elle a un désir bien arrêté de filer encore de longs jours dans son rôle d'abnégation.
Des brèches, assez sérieuses, l'affaiblirent maintes fois, mais, reprenant courage, elle se maintint toujours dans un bon état de vigueur.
Cette pipe possède évidemment l'ambition des antiquités. Elle doit se destiner à orner, un jour, quelque musée historique.
S'il lui était accordé de raconter ce dont elle fut témoin dans sa longue existence, elle aussi ferait un livre.