IX

LE REVOLVER

Bronzé, modèle 1874, matricule 45293, mon revolver fut placé dans mes mains le 4 octobre 1879.

Il était alors innocent de tout acte sinistre.

A part quelques trous, qu'il perça à la cible dans de petits ronds noirs, il ne se distingua pas outre mesure depuis.

Le revolver est un bijou insouciant et quelquefois dangereux, surtout pour celui qui le manie. Il est assez rare qu'il le soit pour celui sur lequel on tire.

Je sais de certains revolvers à sept coups, doués d'une manie grincheuse.

Le tireur, ému, pressait la détente au moment sérieux, et le premier coup parti invitait les autres à suivre son exemple.

C'était alors une orgie épouvantable, à laquelle assistait l'honnête tireur.

L'oreille effarée, la main tremblante, il suivait avec stupéfaction la série de coups que lançait cet ingénieux revolver. Puis, ce bon diable de tireur songeait invariablement à mettre le holà quand la noce était finie.