On a beau avoir l'enthousiasme du sang, l'ardeur des batailles, le désir de la poudre, une marche de nuit refroidit singulièrement ces nobles sentiments.

Oui, quoi qu'en disent les illuminés, une promenade datant de six heures du soir, pour prendre fin le lendemain à quatre heures de relevée, n'est pas du tout confortable. Je suis de ceux qui pensent ainsi.

Dans nos villes, en ce grand jour de juillet, de gais pétards surprenaient les badauds, agaçaient les anciens, soulevaient le jupes; dans la plaine, on marchait en trébuchant.

Là, le folâtre jeune homme enlaçait sa danseuse jusqu'à l'aube; ici, le soldat serrait son fusil.

Là-bas, les musiques charmaient les oreilles; ici, près de nous, les chameaux bouleversaient les échos de leurs hurlements plaintifs.

Enfin, dans ce beau pays de France, on prenait des rafraîchissements, et l'on dormait; tandis que dans ces vastes steppes d'Algérie, il faisait une soif de feu, et le matin, la nuit, le jour, on marchait, marchait et marchait sans cesse.

Et pendant le trajet, pas plus de Bou-Amema que sur la main.

A l'arrivée, un peu d'eau tiède, prise à doses de deux litres, donna des nausées consolatrices à tous, et la fête nationale avait été pour la colonne.

Cette digression n'est pas plus assommante que le reste de ce travail. Je l'aurais omise, mais je tenais à démontrer que tout n'est pas rose, pour les patriotes, en cette fameuse journée de la Bastille.

Je quitte donc avec un certain regret notre soldat philosophe, et je me lance sur ma gamelle.