Le brouet spartiate, d'antique mémoire, devait être délicieux, si je le compare à notre dîner de chaque jour. Biscuit au riz et riz au biscuit, nageant dans une maigre sauce, composent ce festin pantagruélique.
Et ma gamelle est là pour contenir ces friandises.
Aujourd'hui, peu satisfait de son contenu, je lançai par mégarde ma pauvre gamelle à tous les diables.
Prenant terre sur son centre de gravité, elle vacilla un instant, et bientôt s'étendit sur le côté dans un abandon complet.
Le couvercle, séparé du corps principal, roula jusqu'au bout de sa chaînette.
Après quelques frémissements sonores au contact des cailloux du sol, un arrêt brusque eut lieu, et le tout fut immobilisé.
Je profitai de ce moment pour décrire la fête du 14 juillet, et, terminant l'étrange roman du jeune homme à la vache enragée, je me sentis ému. Un certain remords agitant les fibres sensibles de mon intérieur, je me traitai d'ingrat.
C'était dur, mais enfin l'inqualifiable action de brutaliser ainsi une gamelle inoffensive m'apparut dans toute sa noirceur.
Se séparer aussi violemment du réceptacle de sa pâture journalière n'était pas le fait d'un honnête homme.
Un garçon capable de maltraiter ainsi un bienveillant ustensile devait être indigne de le posséder.