De là, me laissant entraîner par les caprices de ma pensée, je n'hésite pas à me rappeler mes exploits sur la rivière des Prairies.
Refaisant, étape par étape, mes années du jeune âge, je me vois, impatient, attendre le soir qui devait me trouver dans ma pirogue, fidèle aux barbues, à qui je fournissais une pâture qu'elles appréciaient.
Je choisissait une pierre, assez longue et lourde, que j'attachais avec une corde d'écorce, et, lançant ma pirogue au fil de l'eau, je lâchais tout, à l'endroit propice.
Préparant alors mes lignes, j'y mettais les appâts avec un soin jaloux, et ah! qu'il était doux à mon oreille, par une soirée calme, le son plaintif du plomb frappant l'eau!
La ficelle enlacée autour de l'index, l'oeil fermé ou perdu dans la pénombre lointaine d'une eau sereine, les sens endormis dans une vague indécision mentale, j'attendais le choc lent et prolongé d'un gibier marin quelconque.
Pas un souffle dans l'atmosphère.
Les bruits se répandent avec une limpidité merveilleuse.
Les voyageurs, attardés dans les petites cabanes de leur radeau, envoient dans les airs leurs chansons bien rhythmées.
L'écho est fidèle aux douces et monotones terminaisons traînardes, particulières à nos chants canadiens:
Elle est à quinze brins,
Ma ceinture de laine;
Elle est à quinze brins,
Ma ceinture de lin.