Car enfin, invectiver un homme et le flanquer à la porte, voilà certainement une insulte: aucun doute possible là-dessus.
La tête bourrée des plus effroyables pensées, je m'éloigne, en proie à une émotion bien légitime.
Le hasard me fait tomber sur un mien cousin, affuble du plus cocasse dénominatif du monde. Ses ancêtres lui avaient légué le nom emblématique de Dolphis Seringue.
Une idée me frappe… un duel!…
Voilà une vengeance peu canadienne, il est vrai, mais qui n'en sera que plus terrible.
Je suis fort au pistolet, et j'abattrai le bonhomme. Puis, lu mettant le pied sur la gorge, je lui rirai sardoniquement au nez, en assistant à son dernier râle.
La décomposition de mon visage et le désordre de mes habits attirent l'attention de Seringue.
—Tu me connais, lui dis-je avec éloquence. J'ai besoin de toi pour me rendre un grand service. Il faut que je me batte en duel, et tu seras mon témoin. Tu vois cette maison. Eh bien, là réside un animal qui m'a insulté. Non content de l'insulte, l'infâme m'a violemment jeté hors de chez lui. Comprends-tu qu'un homme comme moi ne doit pas supporter qu'on l'étende impunément sur un trottoir, quel qu'il soit?
Ce morceau d'éloquence produit un effet remarquable.
Seringue est électrisé. Il prend ma vengeance à coeur, et, sans autres explications, il se pend à la sonnette de mon insulteur.