J'en perdais la tête, car ces découvertes de mes contemporains me confirmaient davantage dans mon opinion de ma nullité.
Comment! me disais-je abattu, on me nomme Joseph, et je crois ne pas en avoir l'air: preuve de mon insuffisance à juger sainement les choses.
C'est ainsi que mon patron me traita d'effronté,—Dieu sait si je l'étais,—Il ajouta polisson, libertin, fainéant, mécréant, et une quantité d'autres qualificatifs dont l'effet immédiat fut de me faire tomber en garde avec un regard provocateur.
Mon adversaire, ahuri de mon audace, saisit un gourdin et me charge en règle.
En un instant ses défenses sont démolies, et le représentant de l'épicerie roule dans ses marchandises.
Je reviens encore sur mes qualités de combattant. Malgré mes jeunes ans, j'avais une rondeur de biceps remarquable, et, quoique doux de tempérament, je tapais dur parfois.
Le nez du patron comprit vite la conséquence de sa hardiesse, et, devant les flots de sang qu'il rendit, je fus rappelé à la réalité, et compris la gravité de mon agression.
Un membre aussi influent du commerce des denrées coloniales n'aurait jamais dû être traité si cavalièrement par un poing aussi infime que le mien.
La suite de cette affaire fut l'arrivée de l'huissier, qui voulait m'arrêter.
La mère d'Angèle s'y opposa avec énergie, et ma punition fut mon renvoi.