Tchen-Kiang emploie trente-sept jonques qui font en moyenne 10 li par heure.

Sou-Tcheou possède quarante-deux bateaux sur 837 li et Hang-Tcheou, quarante-quatre sur 2.000 li.

Les chemins de fer, sur lesquels l'administration des postes compte tant pour son développement futur, continuent de couvrir peu à peu le sol chinois, et déjà des lignes d'une certaine étendue relient entre eux quelques-uns des plus grands centres. La voie ferrée pénètre à Hankeou, à Nankin, et ces deux villes reçoivent très rapidement les correspondances d'Europe, grâce à la ligne Hankeou-Pékin. Lorsque sera achevée celle qui doit courir entre Hankeou et Canton, le bassin du Yang-Tseu-Kiang sera admirablement desservi par son port central, Hankeou.

Au Yunnan, la construction du chemin de fer français, terminée complètement jusqu'à Yunnan-Fou, rend un service inappréciable à l'administration des postes.

Une notable portion de la correspondance confiée à l'administration impériale des postes est transportée par des vapeurs entre les ports et dans les endroits qui leur sont accessibles dans l'intérieur; aucune opportunité n'est négligée pour se servir autant qu'on le peut de ce moyen utile et rapide pour accélérer la transmission des correspondances. Sur le Haut-Yangtseu, entre Itchang et Cha-Che (Shasi), les services des compagnies chinoise, anglaise et japonaise sont mis à contribution, et la transmission se fait régulièrement; de courtes interruptions se sont produites cependant en mars et en novembre, par suite de la baisse des eaux de la rivière. Pendant le mois d'août les malles furent confiées à des chaloupes chinoises entre Itchang et Itou; mais cet essai fut malheureux et on dut y renoncer à cause du peu de régularité des voyages de ces chaloupes. Des chaloupes transportent également la correspondance entre Yo-Tcheou et Tchang-Cha. De Hankeou, une vraie flotte de navires de nationalités variées fait le service: anglais, allemands, français, japonais et chinois; des arrangements ont été conclus avec tous pour le transport des malles de l'administration impériale.

Qu'est donc devenu dans tout ceci le service des entreprises particulières? Si, comme on l'a déjà vu, les lettres portées par le service impérial pour le compte de ces agences a dépassé 2.000.000, la conclusion à en tirer est que ces agences indigènes renoncent à leurs propres courriers et se servent du service de la poste; elles limitent leurs opérations à la levée et à la distribution locales. Chaque lettre paye le tarif; donc il est juste de dire que ces agences travaillent pour la poste et lui viennent en aide pour la levée et la distribution de la correspondance. Dans beaucoup de centres, les populations chinoises sont si nombreuses, qu'il faudra des années avant de pouvoir installer la poste officielle d'une façon saine et régulière; les entreprises particulières viennent donc naturellement suppléer au service de la poste, et cela a été une excellente chose de les obliger à se faire enregistrer au bureau de poste le plus proche. Les statistiques prouvent que, en bloc, plus de la moitié des entreprises privées qui existent actuellement ont été enregistrées; le reste continue à ses risques et périls et, comme il est difficile de les rechercher partout et d'avoir recours contre elles à la coercition, on les laisse faire. Elles mourront toutes seules. Des enquêtes ont été entreprises sur la condition présente des Sin-Kiu, et elles ont donné des chiffres intéressants et qui montrent bien la décroissance continue des entreprises particulières, sauf dans les districts montagneux du Sseu-Tchuen et du Yunnan, où cependant elles finiront également par disparaître comme ailleurs.

Les postes étrangères continuent de fonctionner dans les principaux ports ouverts, et notamment, dans le bassin du Yangtseu, Changhai et Hankeou possèdent des bureaux anglais, allemands, français, japonais et russes.

Un bureau de poste français existe aussi à Tchong-King, mais comme ses transactions se bornaient à fort peu de chose, le gouvernement de l'Indo-Chine, duquel il relevait, a décidé sa suppression.

V.—Le télégraphe a été installé pour la première fois dans l'Empire chinois en 1877. Il existait le câble danois à Changhai pour les relations avec l'Europe et l'Amérique, mais aucune ligne télégraphique n'avait touché le sol chinois dans l'intérieur. En 1876, lors des négociations avec la Russie pour l'évacuation de Kouldja, l'Impératrice douairière fut surprise de voir que les réponses à ses demandes ou objections arrivaient si rapidement de Saint-Pétersbourg; le ministre de Russie lui fit comprendre qu'elles venaient par fil jusqu'à la frontière même de Mandchourie, ce qui simplifiait beaucoup les choses, et que les négociations seraient encore bien plus rapides si le télégraphe arrivait jusqu'à Pékin. L'Impératrice se fit expliquer le fonctionnement du télégraphe et ordonna immédiatement de l'installer entre Pékin et toutes les capitales de provinces. Aujourd'hui chaque localité un peu importante possède un bureau télégraphique, et les lignes chinoises sont reliées par le nord aux lignes russes, par le sud aux lignes françaises, et par l'ouest aux lignes anglaises.

Un vocabulaire des principaux caractères usuels a été composé, comprenant environ dix mille signes idéographiques représentés chacun par un groupe de quatre chiffres arabes, de sorte qu'on peut télégraphier en chinois comme en n'importe quelle langue du monde. Ce service étant infiniment plus simple à organiser que le service postal a fonctionné tout de suite d'une façon normale; toutefois, un télégramme de l'intérieur peut quelquefois se faire attendre trois ou quatre jours; car l'employé, qui n'a généralement pas à transmettre beaucoup de correspondances, n'est pas toujours à son poste et en prend à son aise.