Enfin les îles Riukiu ont été incorporées à l’Empire sous le nom de Okinawa Ken.
L’île de Yezo forme un Chô ou gouvernement spécial ; le pays est également divisé en départements ; mais l’administration de ce pays, considéré comme une colonie plutôt que comme partie intégrante de l’Empire, est forcément différente de celle des autres parties du Japon.
IV. — L’administration japonaise est méticuleuse et terrible dans les détails. Sa paperasserie pourrait être, à juste titre, rapprochée de la nôtre. Il faut dire que ce n’est pas chose moderne dans le pays du Soleil Levant ; autrefois, sous la féodalité et le gouvernement shôgunal, les fonctionnaires avaient avec eux des espions, les metsuke, chargés de les surveiller ; il s’ensuit que l’habitude de faire rapport sur rapport et d’accumuler les papiers se prit très vite. La recherche de « la petite bête » existe au Japon dans toutes les administrations ; les minuties, les détails insignifiants exaspèrent ceux qui ont affaire aux bureaux japonais ; il faut tâcher d’en avoir besoin le moins possible.
En voyage, dans l’intérieur, il n’est pas de jour où vous ne soyez surveillé par les autorités qui envoient, matin et soir, la police vous demander ce que vous faites, pourquoi vous êtes venu, si vous n’allez pas bientôt vous en aller. C’est une tracasserie de chaque instant ; le tout, d’ailleurs, accompli avec une politesse exquise de la part de tous les agents de l’autorité, mais ce n’en est pas moins quelquefois fort ennuyeux.
Aussi, à part les globe-trotters, les étrangers qui résident au Japon ne s’absentent-ils guère au-delà des environs des ports de commerce où ils habitent généralement.
V. — Actuellement les ports où le commerce européen peut s’installer sont nombreux, mais les résidents des différentes nationalités se concentrent surtout à Yokohama, Kobé et Nagasaki.
Yokohama est situé dans la baie de Tokio, tout près du bourg japonais de Kanagawa ; étalé sur le bord de la mer d’un côté et adossé de l’autre à une colline assez élevée où les Européens ont leurs maisons d’habitation, tandis qu’ils ont leurs maisons d’affaires et leurs magasins sur le quai et dans les rues adjacentes. Le quai est une des jolies promenades de la ville ; le port est peu abrité, quoiqu’il soit aujourd’hui protégé. Quand le vent du Nord-Est souffle violemment, il y a quelquefois de fortes tempêtes ; depuis quelques années on a élevé près de la douane un appontement où peuvent prendre place quatre paquebots, ce qui facilite bien le débarquement et l’embarquement des marchandises et des passagers. Autrefois le port de Yokohama était le grand centre d’affaires des Européens ; aussi y trouvait-on nombreuse société, club et champ de courses ; les dames même avaient fini par s’y installer et de nombreuses familles y étaient nées qui donnaient à la ville une physionomie de petit centre européen. Actuellement Kobé s’est développé un peu au détriment de Yokohama par suite de la proximité d’Osaka où sont les principales manufactures et industries du Japon. Kobé est sous le rapport de la situation géographique beaucoup plus agréable et infiniment plus pittoresque que Yokohama, et les environs en sont délicieux. Quant à Nagasaki, le premier port où les Européens aient été admis (c’est là que les Hollandais trafiquaient à Deshima depuis 1640), il semble plutôt décliner. Peu d’Européens y demeurent et le commerce devient de moins en moins brillant.
Voici les autres ports ouverts au commerce :
Osaka ; les grands bateaux n’y viennent pas, mais restent à Kobé, le port même d’Osaka ne pouvant leur assurer le mouillage. On fait des travaux en vue d’un port, mais ils sont loin d’être terminés. Ainsi que je l’ai déjà dit, cette grande ville est le véritable centre de l’activité industrielle et commerciale du Japon. Situé au milieu des plus riches provinces de l’Empire, en communications rapides, soit par eau, soit par terre, avec les diverses parties du pays, Osaka est rapidement devenu le principal emporium des îles du Soleil Levant. Les grandes cheminées d’usine s’élèvent à côté du gigantesque château-fort en pierres énormes, témoin des âges passés, et offrent un contraste frappant entre les deux époques ;
Niigata, peu important ;