Jeanne était encore sous la pénible impression que venait de lui causer cette visite importune, quand la portière s'écarta de nouveau et la curieuse tête tatouée apparut encore une fois.

L'homme entra après avoir jeté un furtif coup d'oeil au dehors.

—Le Castor-Pelé, guerrier de la tribu de l'ours, présente ses hommages à très-haute demoiselle de Richecourt, dit-il en s'approchant de la jeune fille avec un profond salut.

—Vous serez toujours fou, mon cousin, dit Jeanne à Mornac. Vous riez de tout, même dans les situations les plus sérieuses.

—Conserver son sang-froid et sa gaîté dans les plus grands périls est le meilleur moyen de les surmonter tous, repartit Mornac. Mais dites donc, charmante cousine, comment trouvez-vous le chevalier du Portail de Mornac en son nouveau costume de guerrier iroquois?

—Superbe en vérité! répondit Jeanne qui éclata de rire.

Mornac était complètement métamorphosé. Guêtres de peau de daim, large ceinture dont les franges retombaient presque jusqu'au genou, couteau à scalper, tomohâk, collier de griffes et dents de bêtes fauves, rien ne manquait à son accoutrement. Mais ces damnées moustaches faisaient, au milieu de tout cela, l'effet le plus comique!

—Le Castor-Pelé est un grand guerrier! dit-il en se drapant à l'espagnole dans la large peau de castor qui lui tombait des épaules.

—Oui, et le plus grand Gascon des bords de la Garonne.

—Ah! pour ça, ma cousine, c'est dans le sang, voyez-vous. Et sur mon âme, sans vous faire injure, je crois que vous en avez un peu dans les veines!