Mornac alla droit à un groupe de jeunes gens qui s'exerçaient au saut de à la course pour se détirer les membres et se réchauffer sous l'air piquant du matin.
En quelques gestes, Mornac leur indiqua que, si on leur prêtait des épées à Vilarme et à lui-même, tous les deux donneraient à l'instant aux spectateurs une idée de la manière de s'en servir.
La jeunesse d'Agnier comprit, poussa des cris de joie et courut aux cabanes où les épées étaient suspendues.
—Maintenant, dit le chevalier au baron, veuillez sur l'expression de votre physionomie. Quittez un peu cet air farouche pour une mine plus riante. Bien, comme cela. Mordious! baron, vous avez bien le sourire le plus faux dont le diable ait jamais orné la bouche d'un homme. Ah çà! n'allons pas nous fâcher encore, et reprendre ces façons d'ogre affamé. Bon! voici nos armes.
Mornac saisit avec empressement son épée dont il fit plier la bonne lame en appuyant la pointe sur le sol tandis qu'il pesait sur la poignée.
—C'est bien toi, ma vieille! Je reconnais là ton vaillant fer de Saint-Étienne, [48] qui plie toujours et ne casse jamais. Et la vôtre, baron, est-elle aussi en ordre? Oui, bien. Dirigeons-nous vers cet échafaud où nous avons failli être brûlés vifs à notre arrivée. Nous grimperons dessus pour être plus à l'aise. Les spectateurs se tiendront au bas, de sorte que nous pourrons ferrailler en toute liberté. Drôle de duel, tout de même! Les témoins n'y feront pas défaut!
[Note 48: Endroit renommé en France, au XVIIe siècle pour ses quincailleries et ses armes.]
La foule grossissait à vue d'oeil; car l'on savait que les deux blancs allaient s'escrimer à l'arme blanche, spectacle fait pour réjouir une peuplade de guerriers.
Quand les deux hommes furent installés sur l'estrade, Mornac dit à
Vilarme.
—Attention, maintenant. Avant de tomber en garde, faisons tous les saluts d'usage à l'académie.